20090705

Peut-on simplement affirmer le fait français de façon sereine? Quel futur pour le français à Montréal

Mon billet n'a rien d'original, je ne fais suite qu'aux opinions émises par Renart et par Louis Préfontaine par rapport à l'article de Don MacPherson dans la Gazette intitulé

They hear and see it everywhere on the Island of Montreal

Cet article est intéressant car c'est un journaliste anglophone francophile qui se fait passer pour un francophone à Montréal, et qui se surprend à voir que d'être servi en français, ce n'est pas toujours si facile que ça. Il tente d'expliquer le sentiment de menace que la majorité des francophones de l'île de Montréal ressentent face à l'omniprésence de l'anglais. Et sans surprise, il lie cette situation au fait que le soutien à la souveraineté est resté plus élevé parmi les francophones montréalais que les francophones du reste du Québec.

Je suis tout à fait d'accord avec le constat de Don MacPherson. On ne devrait jamais avoir de problème à obtenir un service en français au Québec - tout comme il serait absurde de ne pas pouvoir être servi en anglais en Ontario. Je trouve seulement qu'il y a deux positions opposées bien campées qui prédominent au Québec et qui sont comme déformées par l'idéologie de ses partisans. Il y a d'abord ceux qui affirment que le français n'a jamais été en aussi bonne posture, en prenant pour preuve le pourcentage de connaissance du français dans la population québécoise, ce qui n'a jamais été aussi élevé. Et il y a ceux qui affirment que le français est dans une position de minorisation partout au Québec, en brandissant l'argument que seuls 79% des Québécois ont pour langue maternelle le français. Et la réalité, elle, est quelque part entre les deux.

À Montréal même, oui, le français EST dans une situation PRÉCAIRE. Mais je trouve que c'est trop facile de faire porter la culpabilité sur les immigrants récents, à qui on a dit qu'ils immigraient au Canada et que les deux langues officielles de ce pays sont l'ANGLAIS et le FRANÇAIS, sur les anglophones établis depuis le régime de 1760. D'après moi, ceux qui ne prennent pas leurs responsabilités, ce sont les francophones, qui décident volontairement de s'exiler à Laval, à Blainville, à Ste-Julie, à Candiac, etc., plutôt que de faire face à la réalité et vivre côte-à-côte avec les anglos et les allophones dans Montréal ou dans les "banlieues" de l'île, comme l'Ouest de l'île - le bien nommé West Island. En second, ceux qui restent plient l'échine facilement, en acceptant de passer à l'anglais lorsqu'ils doivent recourir à un service quelconque, plutôt que d'exiger d'être servis en français.

Ceci dit, on dirait que certains voudraient absolument que les anglophones nés sur l'île de Montréal s'assimilent à tout prix pour devenir des francophones. Je veux que les anglophones apprennent le français évidemment, et de pouvoir être servi en français. Mais les anglos, ils sont Québécois comme moi. Toute autre définition est ethnocentrique. Montréal, à part sous le régime français, quand ce n'était encore qu'une bourgade de grandeur ridicule, n'a jamais été exclusivement française. Il va falloir que certains s'enlèvent cette idée utopique de la tête. Montréal a même été longtemps une ville anglophone peuplée d'une certaine classe ouvrière francophone. Montréal est pleine d'institutions de renom anglophones. Quand je lis certaines affaires, j'ai l'impression que certains voudraient que McGill devienne exclusivement francophone.

Oui, il faut que les anglophones puissent être capables de servir un francophone en français. Non, je ne veux pas en arriver à un point où les anglophones ne parleraient plus anglais entre eux, dans la rue, quand cela ne concerne pas un francophone. Moi, je me fous du monde qui parle en chinois, en vietnamien, en arabe, en espagnol, en italien, en grec entre eux. Ça ne me dérange pas. Qu'ils parlent anglais entre eux, ça ne me dérange pas. Qu'ils parlent français entre eux, ça me rend content. On aura beau appliquer toutes les lois du monde, on aura beau faire l'indépendance du Québec et avoir un État indépendant, ça ne changerait strictement rien sur le pouvoir de l'attraction de l'anglais en Amérique du Nord. C'est de vouloir faire abstraction de la géographie. Peu importe nos velleités politiques, que l'on soit partisan du fédéralisme ou de la souveraineté, que l'on soit autonomiste, de droite ou de gauche, la seule chose qu'en tant que francophones que nous pouvons faire, c'est d'aimer notre langue en exigeant POLIMENT et non EN FRUSTRÉ de se faire servir en français quand cela nous chante, sans dénigrer les autres. C'est une question d'attitude, point final. La loi 101 fait des enfants d'immigrants des personnes capables de soutenir une conversation en français mais n'exclut pas qu'ils soient aussi à l'aise en anglais de même que dans leur langue maternelle. En gros, ce sont des trilingues mais pas des francophones "unilingues". On ne peut pas faire aimer à d'autres une langue que nous n'aimons pas nous-mêmes, que nous maltraitons nous-mêmes. Il n'y a aucune loi qui peut faire aimer une langue, il n'y a que les individus qui l'aiment et qui la transmettent à leurs enfants qui peuvent la faire persévérer sur plusieurs générations.

Ceci dit, je ne suis pas optimiste pour le français sur l'île de Montréal, mais je ne suis pas inquiet pour le reste du Québec. L'île de Montréal est en train de vivre le phénomène bruxellois, car Bruxelles au début du 19e siècle était une ville néerlandophone (flamande), l'état Belge fut créé avec la langue officielle étant le français. Une bourgeoisie néerlandophone francophile plus des francophones s'établirent à Bruxelles et comme le flamand était une langue dont les gens n'étaient pas fiers de la parler, et était en concurrence avec le français, les Bruxellois sont d'abord devenus bilingues, et puis les enfants de ces Bruxellois n'ont appris que le français - qui est resté accentué du dialecte brabançon, ce qu'on appelle le fameux accent Belge (pas ceux des Wallons, qui parlaient un patois d'origine latine avant de passer au français). Ce qui fait que de nos jours, Bruxelles est à 90% francophone quand on tient compte de la langue d'usage, même si elle est géographiquement située dans la Flandre historique et que ses toponymes de rue sont d'origine flamande. Et que par l'étalement urbain, les communes dans la communauté flamande sont envahies de francophones - et les Flamands s'en plaignent avec raison. Ce phénomène s'est fait en trois générations - mais dans un contexte où les lois étaient carrément discriminatoires envers les non-francophones - ce n'est pas vraiment le cas au Québec. Mais ultimement, ça ne fera que ralentir le phénomène de quelques générations. En 1910, la langue la plus souvent parlé à Bruxelles était à 50% / 50 % français versus néerlandais. Nous en sommes en cette situation à Montréal aujourd'hui - si vous remplacez français par anglais, et néerlandais par français, avec l'exception qu'il y a des allophones qui s'expriment dans les deux groupes ci-mentionnés. En 1947, 25% des Bruxellois parlaient néerlandais comme langue d'usage, 75% parlaient le français comme langue principale (50% des Bruxellois étaient bilingues).
Cela veut dire que sur l'île de Montréal, on en arriverait à une situation similaire dans 37 ans, soit en 2046, quand j'aurai tout près de 60 ans, si je réside encore à Montréal.
Mais le reste de la Flandre est restée néerlandophone- la ville de Québec ne pourrait pas devenir anglophone dans un avenir rapprochée car tout s'y passe en français.

Oui, je suis quelqu'un de profondément fataliste, mais de savoir cela ne m'empêche pas de dormir - on aurait pu tous être anglophones si la révolte des Patriotes avait réussi, et si nous avions joint les États-Unis. Nous aurions toujours gardé une certaine identité, qui serait différente de celle que nous avons aujourd'hui mais qui serait différente de celle des autres États américains.



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