dimanche 24 janvier 2010

Les vautours ou les sauveurs de l'État sans-abri?

À moins que vous soyez totalement dépourvus d'empathie, la situation de Haïti en est une exceptionnellement dévastatrice sur le plan mental. Il y a un semblant de vie qui semble reprendre puisque le séisme a eu lieu il y a déjà 13 jours, mais ce genre de séisme peut encore provoquer des répliques sur une année. De toute façon, l'étendue de la destruction fera en sorte qu'il faudra plusieurs années avant que Haïti puisse avoir l'air digne.

La catastrophe a mis les institutions gouvernementales en lambeaux, et continue de faire souffrir le peuple haïtien déjà éprouvé par la pauvreté.

Il y a malgré tout de bonnes nouvelles dans ce chaos; on a encore trouvé des survivants, dont un eut la chance relative de se trouver captif sous les décombres d'un supermarché, ce qui lui aura permis de survivre jusqu'à ce qu'il soit sorti 13 jours plus tard.

Qui a secouru les Haïtiens en premier? Les Américains direz-vous? Détrompez-vous, il s'agit d'équipes de secouristes chinois. Et on ne se fera pas d'illusion, il s'agit là d'un symbole politique - la Chine faisant savoir qu'elle est aussi une superpuissance. Mais à ce jour, il y a encore beaucoup de zones où l'aide ne se rend même pas encore, laissant la population démunie à presque rien du tout.

Puisque l'État haïtien a été mis KO par ce drame, on voit déjà que la communauté internationale est en train de mettre en tutelle Haïti. Et ce lundi, il y aura la conférence des pays donateurs à Montréal - ville comprenant une diaspora haïtienne importante. Tout ceci est en train de ressembler à un spectacle morbide qui me fait penser à ces sales oiseaux de proie, les vautours, qui sont en train de dépecer le cadavre qu'est rendu cet État sans-abri, sans gouvernement local effectif. Sous le prétexte de la solidarité internationale, il semble que le vide gouvernemental doit absolument être rempli par celui des États plus riches. L'aéroport Toussaint-L'ouverture est maintenant sous le contrôle américain.

On peut douter de la légitimité et de la corruption et des problèmes de gouvernance qui régnaient avant le séisme. Mais il me semble qu'un néocolonialisme insidieux est en train de voir le jour où le peuple haïtien semble de moins en moins avoir son mot à dire face aux décisions prises par les pays donateurs. Avoir le statut de pays donateur ne nous donne pas le droit de nous mêler davantage aux affaires en imposant nos façons de faire. Le rôle des pays donateurs en est un d'accompagnement et non de tutelle de Haïti. Cet évènement sinistre a mis les institutions à terre, et nous sommes témoins de ce que l'absence d'institutions est en train de causer dans ce pays.

Port-au-Prince sera vraisemblablement évacuée lors de la reconstruction. Et espérons que cette reconstruction se fera en tenant compte des risques sismiques sérieux qui viennent de la location même de cette ville. La population est extrêmement cynique face à son gouvernement, les gens qui ont subi l'ouragan ayant affecté les Gonaïves n'ont même pas été relogés, alors imaginons comment de temps il faudra pour que ce pays se fasse rebâtir... regardons vers l'avenir dans le mesure où le pire, souhaitons-le, est passé.

P.S. J'ai appris qu'un jeune Jésuite chinois, un ami de mon père qui a travaillé dans les rues de Montréal pour aider les itinérants, est toujours vivant et en sureté à Haïti. Je savais qu'il partait à Haïti en janvier, et il nous avait demandé de prier pour lui car il avait peur, peur de faire face à la misère humaine. Le tremblement de terre nous a fait une frousse dans le dos, car nous ne savions s'il était en vie pour plusieurs jours. Il est vivant car il était dans une région plus loin moins affectée et maintenant il retourne à Port-au-Prince; sa mission risque de prendre une toute autre tournure...

2 comments:

  1. You are so right Léo. . . FYI here is a video by two American vultures, falling all over each other trying to show their 'altruism'. . . nary a whisper of the fact that Haiti's situation is due to years of colonialism. http://www.brasschecktv.com/page/789.html

    Caution: may cause nausea.

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  2. À vrai dire, sommes-nous, les Occidentaux, en train de dire aux Haïtiens qu'ils sont incapables de se gouverner? Évidemment, on ne blâme pas un peuple au complet pour les conneries de dictateurs.

    «Avoir le statut de pays donateur ne nous donne pas le droit de nous mêler davantage aux affaires en imposant nos façons de faire. Le rôle des pays donateurs en est un d'accompagnement et non de tutelle de Haïti.»

    J'inverserai la question. Si on laissait les Haïtiens reconstruire leur pays, auront-ils l'expertise pour bâtir des bâtiments pouvant mieux résister aux séismes? C'est dans leur intérêt de bénéficier du savoir-faire de certains pays occidentaux ou asiatiques. Cependant, comme tu le dis, quand les dirigeants d'Haïti ne jouent qu'un rôle de plantes vertes alors que seuls des étrangers n'ont qu'un mot à dire sur la gestion de la crise, ça met mal à l'aise.

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