Voici un texte que j'ai écrit le 27 avril dernier, quelques jours avant l'élection, en commentant la montée des néodémocrates dans les sondages, avec des commentaires post-mortem:
« Ces derniers jours, suite à la montée fracassante du NPD, surtout centré au Québec, et qui se répand peu à peu dans le reste du Canada, les médias se sont intéressés un peu plus près aux positions du parti et aux candidats.»
Effectivement, la montée du NPD semble avoir porté fruit surtout au Québec, et excepté quelques circonscriptions urbaines du ROC, le NPD n'a pas pu déloger les Conservateurs, ce qui nous amène donc à un gouvernement majoritaire dans lequel Stephen Harper n'aura aucun compromis obligatoire à faire avec les partis d'opposition pour assurer sa survie parlementaire.
« Je crois que cette montée a pris par surprise tout le monde, y compris les néo-démocrates eux-mêmes, qui peuvent maintenant espérer atteindre les sphères du pouvoir sans que cela ne tienne du rêve utopique. Tellement qu'en début de campagne, comme tous partis tirant le diable par la queue, ils durent nommer des candidats poteaux afin de permettre un choix aux électeurs, mais en ne s'attendant pas réellement qu'ils aient une quelconque chance de gagner. »
« Or, il semble que la vague orange est tellement forte que certains de ces candidats poteaux pourraient gagner sur une base strictement mathématique. Mais les électeurs, j'ose le croire, ne sont pas totalement prévisibles, et ils ont beau avoir le crush sur Layton, ils ne sont pas des imbéciles qui voteront en fermant les yeux sur les qualifications des candidats. »
Je dois admettre ici m'être royalement trompé et avoir sous-estimé grandement l'effet de troupeau de caribous. Ou une analyse plus cynique de ma part dirait que les électeurs de Berthier-Maskinongé en particulier ont voté pour Mme Brosseau en toute connaissance de cause - son cas ayant été médiatisé avant les élections - par élimination des autres options, en se disant « N'importe qui sauf les Conservateurs cachottiers, les Libéraux corrompus et les Bloquistes en peine de pertinence... ». Les électeurs n'ont pas du tout été prévisibles, mais plutôt au sens où la vague s'est carrément transformée en tsunami, ne laissant que des ruines du côté bloquiste et arrachant même au passage quelques sièges libéraux dans l'Outaouais et dans la région de Montréal, tout en éliminant de la map jusqu'en 2015 les Conservateurs de la ville de Québec...J'ai la chance d'être dans une circonscription détenue par le chef du Bloc Québécois, et la candidate du NPD dans mon coin me semble crédible et mérite sa place au Parlement. Sans dire de mal sur les candidats du NPD, il est clair que si je me ramassais dans une circonscription où le candidat n'a jamais mis les pieds et est là que de nom, je ne voterais pas pour le candidat du NPD. Mais ce faisant, je me priverais de voter INDIRECTEMENT pour Jack Layton. C'est un grand problème de notre système électoral, qui n'existe pourtant pas à des palliers inférieurs (comme au municipal). Par exemple, aux élections de Montréal en 2009, on peut choisir le maire séparément des conseillers de ville, ce qui permet une plus grande flexibilité dans ses choix. Nous n'avons malheureusement pas ce luxe au provincial et au fédéral, et cela fait en sorte que des « nobody » pourront vraisemblablement être élus par manque de discernement ou par volonté de vouloir exprimer le changement. Il y a une proportion grandissante de gens qui veulent voter NPD mais est-ce qu'ils iront jusqu'à donner carte blanche à un « nobody », je crois sincèrement que non et que cela modifiera substantiellement les résultats finaux.
Je veux d'abord féliciter ma nouvelle députée de Laurier Sainte-Marie, Mme Hélène Laverdière, qui a eu une carrière de diplomate au Service des Affaires Étrangères pendant nombre d'années. Je suis persuadé qu'elle saura être à la hauteur de ses nouvelles fonctions. Ceci étant dit, les gens ont voté NPD pour voter pour le chef charismatique Jack Layton, en négligeant fortement les candidats locaux. Le tsunami a fait élire tous les candidats que les modèles mathématiques les plus fous prédisaient, en plus d'en faire élire d'autres! Cela est à la limite pervers pour la démocratie et la fonction de député. Les campagnes sont axés sur les chefs et il n'y a aucun moyen pour l'électeur de nuancer son vote à l'échelle locale, ceci a été démontré de façon frappante à cette élection de 2011.Personnellement, je ne crois pas qu'une croissance trop fulgurante du NPD soit la meilleure chose qui pourrait lui arriver, parce qu'il risquerait de se retrouver dans la posture déjà vécue par l'ADQ, où un panel de « nobody » se sont fait élire et gérer tous ces nouveaux élus pas vraiment qualifiés pour le travail a été littéralement suicidaire. A vouloir grossir trop vite on risque de péter la balloune.
Je crois que le traitement médiatique à la limite de l'acharnement sur la pauvre candidate qui s'est fait élire dans Berthier-Maskinongé malgré tous les obstacles rationnels (ne s'exprime pas bien dans la langue majoritaire des citoyens de la circonscription, n'a pas fait campagne du tout, s'est absentée du pays...) à son improbable élection. Certes elle fut élue contre toutes attentes. Cette situation improbable est un vrai casse-tête à gérer pour le NPD, qui essaie de faire avec un succès mitigé du damage control. Je crois que la majorité des nouveaux élus sauront s'adapter à leur nouvelle situation, mais ce sera quand même un défi logistique et une multitude d'écueils risquent de miner la crédibilité du NPD. Nous verrons d'ici 2015, la balle est dans le camp de la nouvelle opposition officielle.
Pour les candidats nobody, j'y penserais à deux fois avant de voter pour eux, car je veux du NPD qu'il gagne en crédibilité et non le contraire. Je considérerais même voter pour un autre candidat non-conservateur plus qualifié, puisque le système ne permet pas de voter pour le premier ministre mais bien pour le député qui accordera sa confiance à la bannière pour laquelle il se présente, ce qui revient de facto à dire qu'on donne carte blanche au député, même si la campagne électorale se fait abondamment autour des chefs de parti. »
Si une majorité d'électeurs avait raisonné ainsi nous aurions vu une performance plus modeste du NPD au Québec. Force de constater que ce n'est pas du tout le cas.
