20091118

Le geste d'humilité de Gérald Tremblay

Hier, Gérald Tremblay, le maire de Montréal et chef d'Union Montréal, a formé son cabinet municipal. S'il y a une chose qui a retenu l'attention, c'est bien l'inclusion de deux membres de l'opposition : Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, et Lyn Thériault, une élue de Vision Montréal.

Évidemment, Bergeron a eu le portefeuille de l'urbanisme. Tout d'abord, le maire Tremblay mérite certes des applaudissements de notre part. Comme l’ont souligné bien des gens, cela constitue une manière de gouverner la métropole sans partisannerie. Deuxièmement, cela a le mérite d’envoyer un message à certains élus d’Union Montréal. Effectivement, nul n’aurait accepté de voir le maire diriger la ville seulement avec l’aide des membres de son parti politique en raison des histoires de corruption récemment dévoilées.

Cependant, ce qui est en cause, c’est la question qui fut posée à Richard Bergeron par certains journalistes. Étant au centre du processus de prises de décision, Bergeron (et par extension Projet Montréal) serait-il mal placé pour critiquer l’administration Tremblay? Comme l'ont bien souligné certains, si Bergeron osait s'insurger contre la présente administration municipale sur les questions d'urbanisme, il émettrait des jugements contre des décisions sur lesquelles il a eues une influence. Or, une telle analyse est incomplète bien qu'elle comporte une part de vérité. En réalité, l’inclusion de Bergeron dans le comité exécutif de Montréal peut être vue comme un geste d’humilité de la part de notre maire. Tremblay ne pouvait pas se permettre de laisser de côté un candidat maîtrisant mieux le dossier de l’urbanisme (surtout le transport en commun) que lui ainsi que des membres de son parti.

Après tout, depuis deux ans, l’administration Tremblay donnait l’impression de ne rien faire de concret pour notre réseau de transport en commun. Cela dit, pensez à son plan de construction d’un réseau de tramway, de prolongement de certaines lignes du métro et de développement de pistes cyclables se trouvant au cœur d’un plan qui s’échelonne sur vingt ans. De plus, lors de l'annonce de ce plan, Tremblay avait donné l'impression d'avoir pigé dans le buffet d'un adversaire et que ça sentait le manque de préparation. En même temps, sans pour autant tomber dans la complaisance pro-Bergeron, une question mérite légitimement d’être posée : combien de temps cela prendra-t-il réellement pour l’implantation du réseau de tramway dès la mise en chantier du projet?

Finalement, espérons que le pari d’inclusion de deux membres de l’opposition par le maire Tremblay sache faire du bien d’abord et avant tout à notre ville.

20091109

La fragmentation grandissante du Québec

On en a soupé du débat sur les accomodements raisonnables en 2007. On a souvent entendu et parlé de la rivalité Montréal - Québec, de la rivalité Montréal - reste du Québec, de la rivalité 514 - 450.
Et l'île de Montréal est vraiment fragmentée en elle-même. Les réalités de Hochelaga-Maisonneuve et de Hampstead sont aux antipodes.


Au fond, la question est, est-ce que la société québécoise veut changer? Est-ce que la société montréalaise veut changer? Le Québec est pris dans un problème identitaire. Les Montréalais ont une perception biaisée des régions, et les régions ont une perception biaisée de Montréal.

Le Québec est une société plus fragmentée qu'il n'y paraît. Les régions elles-mêmes ne sont pas identiques - l'Outaouais et le Saguenay-Lac-St-Jean ne sont pas du tout pareils.

La langue est une autre pomme de discorde, le mode de vie (urbain, suburbain, rural) en est une autre.

Au fond, ces clivages sont de bons prédicteurs des mouvements politiques au Québec. À une époque pas si lointaine l'ADQ devenait l'opposition officielle devant la stupéfaction des Montréalais de l'île qui n'auraient jamais imaginé une seconde que cela puisse être possible. Et pourtant, ce n'était que le temps d'une élection la concrétisation d'un phénomène bien connu; les banlieues votent plus à droite que la ville-centre (habituellement plus à gauche). Même à Québec, plus à droite que Montréal en général, il y a cette tendance interne - la vieille-ville n'a jamais voté conservateur, n'a jamais voté pour l'ADQ, ce sont plutôt les anciennes banlieues incorporées qui ont basculé à l'ADQ et/ou aux conservateurs. Si l'ADQ s'est effondrée, c'est parce que ses électeurs ont arrêté de croire en ce parti et sont restés chez eux. Mais si jamais un parti Québec Lucide se pointait le bout du nez, je prédis d'emblée que ce parti chauffera la couenne au PLQ et au PQ.

Sur l'île de Montréal, il y a le clivage linguistique francophone-anglophone-allophone qui brouille les cartes, et qui crée les forteresses libérales - et d'Union Montréal, ce qui fait que peu importe comment un gouvernement subisse des allégations de corruption et de malversations, il sera reporté au pouvoir en autant que cela bloque les séparatistes-souverainistes. Cette réaction combinée à un taux de participation nullissime porte au pouvoir des Jean Charest et des Gérald Tremblay.

Sans surprise, Québec solidaire devrait plutôt se renommer Montréal solidaire. En effet, ce dernier score le 3/4 de ses voix sur l'île de Montréal, et le 4/5 de ses voix sur l'île doit être concentré dans le Plateau-Mont-Royal, Rosemont, Sud-Ouest et Centre-Sud.

Loin de moi l'idée d'un Québec homogène, mais si ces différentes réalités ne se parlent pas et ne se comprennent pas, comment peut-on se surprendre de la stagnation du Québec?

Pourquoi pensez-vous que les fusions municipales à Toronto ont fonctionné? Il n'y avait pas l'antagonisme francophone-anglophone, les anciennes villes elles-mêmes géographiquement n'étaient pas fragmentées. On regarde le territoire de l'île de Montréal, et on se demande par quel truchement de l'histoire les municipalités se sont formées, avec leurs propres grilles de rue.
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